AIMER ET DECOUVRIR PARIS AVEC UN PEU D’HISTOIRE – 15EME ARRDT : IMPASSE RONSIN
Mais qu’a t-il bien pu se passer impasse Ronsin le 30 mai 1908 ? C’est certainement la première question venue à l’esprit du jeune valet de chambre Rémy Couillard en montant au premier étage du 6 impasse Ronsin. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir au moment de prendre son service le lendemain matin, jour de la Pentecôte à six heures, le cadavre de M. Steinheil, peintre illustre, à l’entrée de la salle bains, gisant en chemise de nuit avec un cordon serré autour du cou ?

La surprise ne s’arrête pas là. Dans une pièce voisine, la belle-mère du peintre étendue, Mme JAPY, morte, étouffée avec un tampon de coton dans la bouche ; puis dans la chambre de Marthe, la fille du peintre, Mme Marguerite Steinheil attachée au barreaux du lit, chemise recouvrant son visage.

Le premier témoignage sera celui de Madame Steinheil qui, dans sa première version, racontera avoir été victime d’un cambriolage qui aurait mal tourné. Soit… Trois hommes et une femme rousse se seraient alors introduits dans la demeure et auraient essayé, en vain, de leur faire avouer la cachette de leurs bijoux et autres valeurs. Le chef de la sûreté générale M. Hamard se contentera dans un premier temps de cette version même si plusieurs zones d’ombres subsistent : les liens enserrant les chevilles et les poignets de Mme Steinheil étant assez lâches, aucune effraction n’étant constatée et aucun vol malgré la présence non dissimulée de bijoux… Il n’en faut pourtant pas plus pour semer le doute.

D’autant plus que Mme Steinheil est, disons, une vieille connaissance d’ordre public ayant acquis une notoriété quelque peu scabreuse… C’est ainsi que neuf ans auparavant, le 16 février 1899, elle se trouvait en charmante compagnie auprès du Président Félix Faure, le Président-Soleil, dans une position pour le moins non équivoque dans le fameux salon bleu, ce qui fera dire à Clémenceau, jamais avare de bons mots, en parlant de la mort de Félix Faure : « Il se voulait César : il fut mort Pompée. »
Mais cette fois-ci, l’affaire est étrange et les différentes versions, contradictoires, que fournira par la suite l’ex Messaline présidentielle jettera le trouble dans l’esprit du public qui, malgré l’acquittement dont elle bénéficiera, y verra tour à tour un ministre dans la chambre conjugale tuant le peintre cocufié ou encore l’intervention d’espions venus chercher des documents sensibles confiés à l’époque par le Président Faure ; russe, allemand, anglais on ne sait trop…
Une chose est sûre : Mme Steinheil devenue lady Abinger (elle savait décidément y faire…) emportera avec elle son secret dans la tombe.
P.MAGNERON
